héloïse
pierre-emmanuel


Si oui le fagot


installation & commissariat d’exposition

École des Arts Décoratifs de Strasbourg,
dans le cadre d’Avant-première, 2012





L’exposition rassemblait des pièces
d’étudiants de l’ESAD Strasbourg

Clément Debras, Nina Ferrer-Gleize, Léa Fournier,
Nicolas Grellier, Alex Hays, Geneviève de Larminat,
Mélodie Meslet-Tourneux, Marianne Mispelaëre,
Lola Muller, Elsa Noyons, Héloïse Pierre-Emmanuel





“Ceux dont j’espérais la présence, je leur envoyais cette phrase d’Hélène Cixous, extraite de Revirements dans l’antarctique du coeur :

« Nous sommes des animaux déposeurs de derniers mots. Quand l’animal défenseur de la vie en nous sent venir le froid ultime à quoi l’autre, le parleur en nous, se garde de croire, vite l’animal pose un caillou, un mot, une coquille d’oeuf, un bout de bois, une lettre d’une lettre. On grave. On griffe. On troue. La fin vient. – Vite ! Maman ! crié-je. Une lettre ! – Quelle ? – Viens, soufflé-je. – V, dit ma mère. Ou bien est-ce "Weh" ? »

Je nous y voyais.
Ce que nous devons faire – pressés par nos habitants-animaux, ces vertus à têtes velues que seraient l’inconscience, la confiance éperdue en la vie ou la prescience de l’urgence – nous le faisons.
J’aime que dans notre esprit, ils puissent saisir sans doigts des objets si pauvres qu’un caillou et en faire un jet qui s’abatte comme un sceau. Ils font vision. Le jet pourvu de doigts n’est-il pas un geste et de dents une parole…

Si oui le fagot est le lieu de quelques pièces à gestes et à paroles, pièces de faible pesée mais de longue haleine, labeurs plein d’allant réunis par leurs gammes voisines de noirs ou de blancs.
Tels qu’ils sont, élancés et fondés, ils se livrent très naturellement, bien qu’une large part de ce qui les constitue soit trop volatile ou trop souterrain pour être ramené ici-là, sous les yeux.

L’irrépressible est l’objet qui doit absolument exister, non parce qu’il est attendu mais parce qu’il ne peut rester à l’étroit. De sa forme étroite de fétu à sa forme ample de fagot, il n’y a rien de plus fragile que ce qui doit absolument être.”

h.p.e
2012


Jouxtant l’exposition, l’installation réunissait
autour d’une vision les pratiques de cinq artistes

Nina Ferrer-Gleize, un texte  Still Life

Alex Hays, des mots
Fleuve
Eau+Air=Or
J’espère qu’ils franchiront la frontière


Geneviève de Larminat,
des céramiques en grès


Elsa Noyons,
une voûte de bois flottés


Héloïse Pierre-Emmanuel,
l’esprit de cette table suspendue entre eau et air
“Nous ferons ensemble une forme close et immergeante
où la table, la nature morte et les reliefs de conversations
passées seront figures centrales.”








La vision initiale de cette installation trouvait son origine dans la catastrophe de Fukushima, alors récente (et obnubilante), et le tsunami qu’elle engendra. La table et le repas (si présents dans le cinéma japonais, de Ozu à Mizoguchi) réapparaissaient ici, spectrals, étrangement immergés (dans l’opacité de l’air, du silence, de l’attente, dans l’apesanteur d’un interstice du temps et de l’espace, quasiment subaquatiques). Durant trois jours, il était possible de venir s’asseoir autour de cette table engloutie, ralentir, boire une bolée d’eau, fendre la miche de pain, mastiquer un raisin sec, se recueillir, méditer, être présent, écouter, ne rien faire, respirer, faire une expérience infime, de frugalité, de repos, de néant.



h.p.e
2019










(on relia quelques pages pour se souvenir de l’expérience) 









héloïse pierre-emmanuel
vit et travaille entre Paris et le Loiret

mail : heloise@pierre-emmanuel.org phone : +33 7 81 58 00 90 instagram : heloise.pierreemmanuel
actuellement : stagiaire au CFPI (Centre de formation des plasticiens intervenants), promotion 2019-2020, HEAR Strasbourg
dernièrement : Création en cours 2018-2019, Ateliers Médicis / Beaulieu-sur-Loire
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